François au pays du Mackyllage. La Hollandie en Sall . De la normalité en politique

29 Mai

D’un œil très amusé, je suis attentivement les premiers pas de François Hollande et de Macky Sall. Je me plais à voir, dans le destin de ces deux hommes, certaines similitudes. La première, c’est le costume d’homme « normal » que Hollande a revêtu tout au long d’une très belle campagne sur le thème de la normalité face à son prédécesseur agité, trouble, trépignant et manquant de calme dans sa manière d’être et de gouverner.

Je dis souvent à mes amis socialistes français que la présidence de François Hollande sera douce et tempérée. On n’entendra pas, de la part de socialistes, des paroles stigmatisant l’étranger, le musulman ou « l’assisté ». Fini les mains honteusement tendues au FN et la pêche effrénée aux voix de l’extrême-droite. Le climat, au pays des droits de l’homme, sera différent de celui qui a prévalu depuis le sinistre discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy.

A la différence d’Abdoulaye Wade, paraît-il, l’homme le plus diplômé du Caire au Cap, Macky Sall est aussi un homme normal. Il n’a pas fait une campagne structurée autour de promesses mirobolantes dont Wade détenait jalousement le secret comme les usines de fabrication de plats de riz ou les centrales nucléaires clefs en main pour un pays encore sous le joug de la pauvreté.

 

Ces deux hommes sont en outre la preuve évidente de la relativité des choses en politique. Ils ont montré, à leur insu, combien les destins se font et se défont à une vitesse incommensurable. En effet, revenons sur l’élément déclencheur qui a conduit ces deux hommes à la magistrature suprême.

Il aura fallu une libido excessivement non contrôlée de Dominique Strauss Kahn dans un hôtel New yorkais pour changer le destin de la France. L’homme que tous les sondages considéraient comme le grand favori de la présidentielle de 2012 a vu ainsi filer toutes ses chances de devenir le 7ème président de la 5ème République. Flamby, dont la candidature faisait sourire, a eu ainsi la route toute ouverte pour affronter celui qu’il n’a jamais cessé d’interpeller par « candidat sortant ». Je me souviendrai toujours de la visite de François Hollande à Alger, durant laquelle il a rencontré l’ancien président algérien Ahmed Ben Bella. Entouré d’une poignée de fidèles, il semblait si petit et si insignifiant devant l’ogre Strauss Kahn et sa machine de communication tirée par les gourous d’Euro RSCG.

 

Concernant Macky Sall, il est toujours apparu comme un homme sans relief aux yeux de l’opinion publique sénégalaise. Mais il aura fallu d’une erreur monumentale de jugement d’Abdoulaye Wade pour faire sortir la bête politique qui était enfouie au fond de l’ancien premier ministre. Vilipendé, insulté puis chassé du perchoir par ses anciens « frères », Macky prit son courage à deux mains et, son orgueil pular aidant, s’en alla à la rencontre de ces concitoyens, sillonnant à plusieurs reprises le Sénégal jusqu’au couronnement du 25 mars.

 

La gouvernance des deux hommes sera apaisée car le caractère influe en grande partie dans la manière de conduire les destinées d’un pays. La sobriété est sans conteste le mot qui caractérise leurs débuts de mandat.

 

D’abord, sobriété dans le choix du premier ministre. Si Hollande a jeté son dévolu sur le fidèle Jean-Marc Ayrault, un austère professeur d’allemand, réformiste tenant d’un social-démocratie rigide, Sall a opté pour un banquier inconnu du sérail politique, chargé de redresser des finances publiques exsangues.

 

Sobriété lors de la cérémonie d’investiture. Macky s’est éloigné de la grand-messe fastueuse de Wade au stade ameutant le pays tout entier avec des personnes mobilisées dans des bus de tous les coins du Sénégal. Il opta pour un hôtel avec des invités triés sur le volet.

Quant à Hollande, la présence de son ex-compagne et des enfants issus de leur couple a été soigneusement évitée rompant ainsi avec l’image très joyeuse de la famille recomposée de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Les consécrations de Macky et de François furent très empreintes de la sobriété républicaine et loin du bling bling cher à Abdoulaye et Nicolas.

 

Le besoin impérieux de rassembler lie aussi les deux hommes, et cela s’est noté jusque dans la formation de leur première équipe gouvernementale.

Hollande a monté un gouvernement réunissant des fidèles (Stéphane Le Foll, Michel Sapin, Bernard Cazeneuve…) et d’anciens adversaires à la primaire citoyenne, dont certains n’ont toujours pas tenu des propos reluisants sur l’ancien premier secrétaire (Montebourg, Valls). Son gouvernement compte des représentants de tous les courants et sous courants du PS, des membres du PRG et d’EELV.

 

Le gouvernement de Sall a prit les mêmes contours. Y sont présents des fidèles comme le ministre de l’Intérieur et celui des Affaires étrangères et quasiment tous les anciens alliés de la coalition qui l’a conduit au pouvoir.

Depuis, les premiers pas des deux hommes au pouvoir sont relativement irréprochables.

 

Mais la normalité a un risque : celui de ne pas être un grand président mais un gestionnaire de passage qu’on aura oublié deux décennies plus tard.

 

Eviter les erreurs du prédécesseur est tout de même trop simple pour espérer marquer son passage d’une empreinte indélébile. Quand on détient de tels  pouvoirs, c’est pour agir, au risque de se tromper.

La fonction de Chef de l’Etat est tellement haute que celui qui l’incarne peut difficilement se prévaloir de la normalité sans tomber dans la pure banalité. Et s’il y a une chose avec laquelle je suis d’accord avec la teigneuse Valérie Rosso-Debord : le président de la République ne peut pas être un voisin de palier ou un camarade avec qui on fait les courses au marché. Un président de la République ne roule pas, même un dimanche, en scooter. Il ne se mêle pas non plus de tout tel un Vice-Dieu sur terre. Voilà tout de même un équilibre difficile à trouver et à respecter. Voilà aussi pourquoi cette fonction est aussi cruciale, aussi prestigieuse et rend les hommes qui l’ont occupée si spéciaux.

 

La tradition républicaine que nos deux pays ont en partage impose une certaine immanence dans la conduite du destin de ses concitoyens.

Certains dénonceront ce principe en évoquant des exemples ailleurs, notamment dans les pays scandinaves, pour considérer que notre système est une monarchie républicaine. Cette critique est certes pertinente à certains égards, mais, à toutes fins utiles, le débat est lancé.

Une Réponse to “François au pays du Mackyllage. La Hollandie en Sall . De la normalité en politique”

  1. Papa Massamba Ndiaye octobre 9, 2012 à 00:58 #

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